
Jean-Luc Bennahmias : Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le projet d’un autre siècle
Pourquoi, à l’heure des réductions budgétaires et des projets gelés, le gouvernement s’acharne-t-il à maintenir celui de construire un aéroport à Notre-Dame-des-Landes ? Jean-Luc Bennahmias, eurodéputé et vice-président du MoDem, fait partie des opposants au projet d’aéroport près de Nantes. Pourquoi faut-il le refuser ?
Gabegie financière, gabegie écologique, gabegie économique : le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes (NDDL), qui date des années 60 et avait été conçu pour le Concorde, ne se justifie toujours pas en 2012.
Les arguments sont connus et répétés depuis des années par les opposants : un des principaux remettant en cause la pertinence d’une telle construction est le fait que l’aéroport actuel de Nantes Atlantiques est loin d’être saturé et qu’il peut être encore largement optimisé. Il ne présente pas de problème de sécurité puisqu’il est classé A – meilleure catégorie.
D’ailleurs, le nouvel aéroport n’entraînerait pas la disparition de l’ancien, il ne ferait que se rajouter, puisque l’avionneur Airbus a demandé de pouvoir continuer à utiliser l’infrastructure de Nantes Atlantique pour son usine qui se situe à proximité.
Par ailleurs, les terres vouées à la disparition sont des terres agricoles de bocage sur environ 1.800 hectares. Il s’agit en outre d’un site riche en zones humides, qui abrite des espèces protégées. La loi exige d’ailleurs désormais la mise en place de compensations écologiques après une destruction de zones humides (dans le cas de NDDL, des recours sont encore en cours sur la question des mesures compensatoires prévues par l’exploitant).
Contexte de crises : nous avons mieux à faire
Ensuite, nous sommes en 2012, dans un contexte de crises — financière, économique, écologique et sociale — aussi bien au niveau français qu’européen. Un tel contexte impacte forcément la prise de décision et les choix devant être faits en termes d’infrastructures pour notre pays.
Alors que le gouvernement a décidé l’arrêt de plusieurs projets d’infrastructures d’envergure, l’aéroport de NDDL serait, quant à lui, épargné ? L’entêtement des socialistes sur cette question est pour le moins surprenant, et invite à s’interroger sur la cohérence d’un tel projet avec l’engagement de mettre la France sur la voie de la transition énergétique et écologique.
Des activistes opposés au projet de Notre-Dame-des-Landes délogés (S.SALOM-GOMIS/SIPA)
Des activistes opposés au projet de Notre-Dame-des-Landes délogés (S.SALOM-GOMIS/SIPA)
Le contexte de crises doit nous conduire à repenser nos actions en termes d’aménagement du territoire. Si la relance, notamment au niveau européen, passe par le financement de projets d’infrastructures, encore faut-il faire les bons choix.
Il faut savoir hiérarchiser les projets
Les projets d’infrastructures — notamment de transport — sont aujourd’hui européens : ils s’inscrivent dans les schémas européens de transports, actuellement négociés au sein de l’Union européenne, qu’on appelle les RTE-T (réseaux transeuropéens de transport).
En ciblant le développement de certains corridors de transit, on doit renforcer la connexion des territoires européens et améliorer ainsi la circulation et le développement de ces territoires. Le tout dans une perspective d’économie à faible intensité de carbone, puisque l’objectif est la transition vers une économie plus durable.
Dans ce cadre, les infrastructures à promouvoir sont les infrastructures ferroviaires, maritimes et fluviales. Parmi elles, il faut encore savoir hiérarchiser, faire du cas par cas : ainsi par exemple, la liaison Bordeaux-Marseille, en passant par Toulouse, répond à une réelle nécessité et devrait être la priorité.
A contrario, le projet de LGV Bordeaux-Bilbao, n’est pas, selon moi et une grande majorité d’habitants du pays basque, prioritaire; la ligne existante, qui permet de la grande vitesse et du TER, étant suffisante pour absorber le trafic. Arbitrer aussi en faveur des projets locaux, moins onéreux, et plus à même de renforcer la cohésion sociale et la connexion des territoires : cela signifie le soutien aux transports collectifs dans nos villes et départements mais aussi la rénovation des infrastructures et équipements.
Repenser le choix de nos infrastructures et notre modèle de développement en cohérence avec la transition énergétique : le projet de NDDL est une infrastructure qui se trompe de siècle!
Sur le terrain, la répression des opposants est trop forte
Enfin, le conflit autour de NDDL s’envenime. La zone à défendre — la ZAD comme l’appelle les opposants — est l’objet d’affrontements quasi quotidiens entre les forces de l’ordre et les opposants au projet d’aéroport.
Notre-Dame-des-Landes: expulsion massive des anti-aéroport (AFP)
En cause : les expulsions et arrestations commencées le mois dernier. Dans un contexte social de plus en plus tendu, est-il nécessaire d’ajouter des tensions aux tensions ? Le déploiement des forces de police est disproportionné par rapport à la réalité de l’opposition. La répression ne fait que détériorer la situation, avec le risque de dérapages — qui pourraient être de plus en plus violents — que cela comporte.
Le gouvernement va t-il prendre le risque de laisser pourrir la situation, alors que la résistance d’agriculteurs locaux correspond — toutes proportions gardées — à ce qui s’est passé au Larzac et que le site de conflit se trouve à proximité de grandes villes, dans une région « réceptive » à ce genre de mobilisations (résistance importante comme contre la centrale nucléaire de Plogoff)?
Il faut à tout prix rouvrir le dialogue : ces régions du grand ouest sont des régions réceptives et agissantes sur les problématiques du développement durable, des régions dans lesquelles des politiques autour des énergies renouvelables et de l’amélioration des dessertes ferroviaires pourraient être accélérées.
Pour toutes ces raisons, l’opération baptisée « veni vidi vinci » qui visait à déloger les opposants est inacceptable ; Vinci, dont les conflits d’intérêts ont par ailleurs été mis en lumière dans de nombreux articles de presse. L’État français — il n’est pas inutile de le rappeler — est encore visé par au moins deux recours légaux : un devant le Conseil d’État et un par l’intermédiaire de la commission des pétitions du Parlement européen pour non respect de la directive cadre sur l’eau.
La répression ne mènera à rien, sinon au pourrissement de la situation, et aux risques qui en découlent. Cette semaine, les vendredi 16 et samedi 17 novembre, je me joindrai donc, avec des élus et des militants du Modem, à la mobilisation pour exprimer mon soutien aux opposants et pour que le dialogue reprenne.
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