
« La barbarie peut gagner en Syrie »
Cher François,
Y a un truc que je ne comprends pas… Enfin, c’est pas comme ça qu’il faut que je dise les choses aujourd’hui.
Il est une réalité qui me dépasse, et qui m’inspire des sentiments violents d’indignation, d’incrédulité et de culpabilité : c’est la situation de la Syrie.
On sait à peine où c’est, la Syrie. On voit la Méditerranée du sud-est ; on voit la vaste Turquie, le petit Liban. La Syrie leur est frontalière, ça on sait. Les noms de Damas ou d’Alep sont connus ; on a rêvé d’exotisme en lisant les mots « Euphrate », « Omeyyades » ou « Palmyre »… Et puis on se souvient de la promo télé qui a suivi le mariage de la belle Asma et du fringant Bachar… C’est à peu près tout : la Syrie est bien loin de notre Bout du monde…
Et puis, depuis quelques semaines, on se sent brutalement proches de la population syrienne. Témoignages et reportages font état de la situation tragique qui bouleverse les populations. Pilonnages ; bombardements ; répression des manifestations ; arrestations et meutres des personnels médicaux ; massacres d’enfants sous les yeux de leurs parents. Le tyran Bachar martyrise son peuple.
Alors, on a pu s’interroger. Que fait la France ? Qu’en est-il de l’engagement de notre pays dans cette zone du Moyen-Orient ? Qu’est-elle devenue, l’image de la belle amitié Sarkozy / Bachar-el-Assad qu’on nous avait vendue le 14 juillet 2008 ?
Un coup d’oeil sur Google et sur les journaux en ligne nous rappelle que, jusqu’à l’orée des années 2010 au moins, Sarkozy et Guéant ont entretenu une « coopération sulfureuse » avec les autorités syriennes.
Alors ? Qu’en est-il aujourd’hui ?
« La loi d’Hama », la « loi du massacre » d’Assad-père, est méthodiquement appliquée par Assad-fils : du côté des autorités syriennes, on atteint des sommets de violence dans la barbarie et, côté occidental et international, des sommets d’impuissance dans la résolution à faire respecter les Droits de l’Homme.
On entend bien la mobilisation de l’Europe et sa sollicitation de la Ligue des états arabes. On nous affirme que les pays occidentaux se mobilisent pour dénoncer la situation syrienne et en appellent au départ de Bachar-el-Assad. On connaît désormais la terrible protection diplomatique de la Russie et de la Chine dont le régime syrien tire impunément profit…
Incroyable situation internationale qui tendrait à prouver l’impuissance du politique et du diplomatique qui, eux-mêmes, peineraient à imposer un « strict minimum humanitaire » dans une région du monde désormais tellement proche de nous…
Alors, que faut-il penser ? Qui faut-il croire ? Et que peut-on faire ?
Les autorités françaises, visiblement engluées dans des viscosités diplomatiques (économiques ? non, on ne peut évidemment pas l’imaginer…) ne semblent pas enclines à s’engager ostensiblement sur la scène internationale au nom des Droits de l’Homme.
La prudence résignée comme unique posture politique en ces temps de barbarie ? Faudra-t-il que l’on s’y habitue ? J’en frissonne de dégoût.
Cher Primo,
Tout vaut mieux que l’inaction actuelle. Il y a sans cesse des meurtres, les assassinats de masse continuent sur le terrain. Il faut que chaque région du monde face de l’ordre chez elle. L’intervention des casque bleus serait un moindre mal. Il faut que Bachar El Assad s’en aille car c’est un chef d’État qui à fait du mal à son peuple !
François Bayrou
le 14 février sur Europe 1
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