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Jacques Tanguy
 

Jacques Tanguy – Un père, une école… et la politique du handicap

Un papa, seul sur un toit d’école. L’image est forte. Elle est belle aussi, car cet homme se bat pour que son enfant ait les mêmes droits que ses camarades. La France a pourtant signé la convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées et elle doit garantir l’égalité pour tous. Agir dans ce but est un investissement dont les gains sont à la fois humains, sociaux et économiques.

Belleville : retranché sur le toit de l’école
Un papa sur un toit d’école.
Le spectacle inhabituel d’un parent d’élève, le papa d’une petite fille de six ans et diabétique, tranquillement installé sur le toit d’une école a fait rapidement le tour des médias. L’homme reprochait à l’école de ne pas tout mettre en œuvre pour que sa fille puisse participer, comme tous ses camarades, à un séjour de ski. L’enfant ne pouvant gérer seule la pompe à insuline qu’elle porte, il lui faut un accompagnement médical parce que les enseignants ne peuvent effectuer des gestes techniques. Face à ce problème, la solution est expéditive : la petite fille est exclue du séjour au ski. Le père monte alors sur le toit pour revendiquer le droit pour sa fille à être traitée avec justice. Il lui a fallu six heures de résistance pour qu’une solution pour l’enfant soit trouvée par l’inspecteur de l’éducation Nationale. Le père de famille est alors descendu du toit. L’enfant pourra partir au ski.
Cette nouvelle ne peut que nous interpeler. Elle rappelle que la solidarité est un devoir pour la nation, en particulier lorsque qu’il s’agit d’un enfant malade. Car les enfants sont l’avenir. Et ils méritent notre amour même quand ils ont la malchance d’être différents. C’est par l’aménagement des bâtiments publics et des bâtiments privés accueillant du public, c’est en créant les moyens humains de l’accueil qu’on facilite au quotidien la vie de ces exclus par la maladie et le handicap.
La politique du handicap, un gain pour tous
Est-ce que cela a un coût ? Bien sur ! Mais il ne faut pas oublier que l’aménagement d’un bâtiment pour faciliter l’accueil des personnes en situation de handicap a des effets positifs qui se prolongent tant que que le bâtiment reste utilisé. Il s’agit donc d’un investissement dont les effets sont particulièrement durables. Leur impact social aussi est considérable et cela peut créer un nouveau modèle de société, celle où nul n’est exclu de la vie en commun par une différence physique ou mentale. Car les accès handicapés, les signaux audio pour les mal-voyants aux feux rouges, toutes les adaptations des lieux aux handicaps et la mise en place des accompagnements humains nécessaires facilitent l’autonomie et le « vivre ensemble ».
Ne l’oublions pas ! Un accès facilité aux lieux publics, c’est un avantage donné à tous. En effet, bien que les valides ne s’imaginent pas devenir un jour handicapés, beaucoup atteignent les âges où les déplacements sont plus difficiles, où la vue baisse, où l’audition devient incertaine, où une aide devient indispensable pour accomplir un geste autrefois ordinaire. Sans attendre le grand âge, il nous arrive à tous de nous promener avec un enfant en poussette ou d’être la victime d’une entorse ou d’un petit ennui de santé qui fait vivre un handicap temporaire. D’un seul coup, le moindre obstacle sur notre route devient infranchissable et les aménagements qu’on ne voyait pas nous semblent indispensables. Sans eux, notre capacité à nous déplacer est réduite et nous vivons mal cette limitation à notre liberté, à notre autonomie et notre accès à la vie en commun.
Vivre ensemble change le regard de la société sur le handicap.
Selon le Ministère de la Santé, on dénombre 5 millions de personnes handicapées en France, dont 2 millions de personnes à mobilité réduite. Mais on les voit peu parce qu’à la difficulté de la situation de handicap s’ajoute souvent celle de l’accessibilité des lieux et parfois celle du besoin d’un accompagnateur : ils ne peuvent pas être parmi nous. Et c’est une des raisons de notre regard. Une jeune fille se déplace difficilement, avec des gestes saccadés. Cela accroche l’attention. Ce n’est ni méchant, ni voyeur. Mais pour elle, c’est sans doute trop souvent qu’un regard s’accroche ou, au contraire, qu’il ne sait pas rencontrer le sien et qu’il fuit.
Le « phénomène » est phénoménal parce qu’il est rare. Dans ma rue passent souvent des personnes en fauteuils roulants électriques. Elles font partie de la banalité des passants. Je crois que c’est par l’intégration que les mentalités peuvent évoluer. C’est une conséquence attendue de la politique du « vivre ensemble ». Il reste beaucoup à faire, mais disons-le, les progrès accomplis ces dernières années commencent déjà à faire changer le regard de la société sur le handicap.
Un investissement rentable
On objecte souvent la question des coûts. Pourtant, l’intégration ce n’est pas une question de coûts mais de bénéfices. « Vivre ensemble », c’est une politique d’investissement, c’est à dire une politique où chaque dépense est évaluée en fonctions des bénéfices qu’on en espère.
Le bénéfice humain vient en premier, parce que c’est l’objectif le plus noble. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots creux. Ils sont au cœur du projet de la République. Aujourd’hui, il faut élargir l’espace de liberté que l’âge, la maladie ou l’accident ont restreint. Il faut aussi étendre l’égalité aux personnes handicapées, et mettre un terme à leur exclusion par l’absence des équipements là où ils sont indispensables. Tout cela, c’est au fond une affaire de fraternité, cet autre nom de la solidarité.
Le bénéfice économique vient ensuite. En créant des débouchés pour les entreprises, la politique du « Vivre ensemble » est une réponse à la crise du bâtiment. C’est une réponse globale parce que les besoins sont immenses et que les chantiers sont de toutes les tailles : du bâtiment administratif à rendre accessible, à la mairie à reconstruire jusqu’aux multiples rampes d’accès à créer et aux petits aménagements nécessaires partout. C’est aussi aussi une réponse extrêmement délocalisée. Dans chacune des 36.000 communes de France il y a des besoins et donc des chantiers à entreprendre. Évidemment, parce que chaque aménagement demande de la main d’œuvre et la fourniture d’équipements spécifiques, la politique du « Vivre ensemble » ne peut qu’avoir un impact positif sur le chômage.
Le bénéfice social finit la liste. La vaste ambition du « vivre ensemble » ne se limite pas à l’accessibilité. Elle se conçoit et se concrétise aussi autour de la personne handicapée, que ce soit en terme de diagnostic, de soins ou d’aide. Par exemple, un enfant autiste diagnostiqué tôt a une chance, non pas de guérir car on ne guérit pas de l’autisme, mais d’être totalement ou quasiment autonome. En fait, même quand elle ne peut être totale, l’autonomie permet la vie en commun et elle autorise le maintien à domicile. En limitant ainsi les coûts de l’assistance, essentiellement supportés par la collectivité, le bénéfice de la politique du « Vivre ensemble » pour les comptes sociaux est loin d’être négligeable.
Un bonheur partagé.
Il ne suffit pas de dire à un paralysé : « lève toi et marche » pour que l’homme se lève et qu’il marche. Il ne s’agit pas de renouveler ce miracle mais, aujourd’hui, nous pouvons demander à la société de se lever et d’agir. Les bénéfices humains, économiques et sociaux… et le bonheur partagé justifient cet effort.

Jacques TANGUY

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