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Jacques Tanguy
 

Jacques TANGUY. Dilution des objectifs. Les missions de l’école affectées par les lobbies.

Trop de personnes et d’institutions ayant une connaissance extérieure de l’école se piquent de donner des recommandations sur l’enseignement et poussent à la dispersion des missions des maîtres. Face à l’avalanche de rapports, de forums et de dossiers incendiaires sur l’école, il est devenu indispensable de préciser un certain nombre d’éléments essentiels sur l’enseignement en école maternelle et en école primaire, sur ceux qui y enseignent et ceux qui y apprennent, sur les missions et sur la nécessité de mettre un terme à la dilution des objectifs de l’école.
Les compétences des maîtres
En plus des connaissances de base (la lecture, le calcul) le maître doit avoir une excellente orthographe, des compétences en sciences, en histoire, en géographie, en informatique, en langue étrangère, en musique, en arts plastiques. Il doit faire pratiquer le sport, accompagner les enfants à la piscine et accueillir des enfants différents. Il doit former à la vie citoyenne et le plus important, selon un ex-ministre de l’Éducation Nationale, à l’école maternelle, il doit aussi changer les couches.
En complément de toutes ces compétences, le maître doit former au recyclage des déchets, à la sécurité routière, lutter contre le sexisme et le racisme, faire découvrir des musées, contribuer au devoir de mémoire, assurer l’instruction sexuelle, participer aux opérations caritatives et… cinq ou six ratons laveurs (le maître devant être cultivé, il a lu « Inventaire » de Prévert)
On oublie avec tout cela que l’enseignant doit aussi être pédagogue, qu’il doit être sympa mais avoir de l’autorité, et qu’il doit savoir composer avec les parents et l’administration. Enfin, il doit de plus en plus être un spécialiste administratif des formulaires et des dossiers.
Les missions clés de l’école
Ce sont celles qui permettent à l’enfant de se structurer. La première mission est la socialisation. L’enfant doit apprendre à vivre avec les autres, à trouver sa place dans un groupe, comprendre et respecter les règles de la petite société qu’est une école. A ce titre, l’entrée des enfants différents dans les établissements scolaires n’est pas seulement une justice mais c’est aussi un enrichissement partagé dans le rapport aux autres.
La seconde mission est d’instruire. Communiquer passe par la maîtrise de la langue française, par sa compréhension et par la connaissance de son vocabulaire et de sa grammaire. La lecture et l’écriture permettent d’élargir la capacité de communiquer en l’affranchissant des distances et du temps puisque l’écrit conserve la trace de la pensée de son auteur. Car l’enfant est très vite un auteur pour écrire à sa maman ou à son papa… ou pour taper des SMS. Il peut même devenir un lecteur assidu pour peu qu’on l’y encourage… ou qu’il reçoive beaucoup de messages sur son portable. L’enfant doit aussi apprendre le calcul et il devient capable de résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Il doit se repérer dans le temps (c’est parfois moins facile que ça n’en a l’air), apprendre à lire l’heure et avoir quelques repères sur la chronologie de l’histoire. Il doit aussi se repérer dans l’espace, distinguer la droite de la gauche, repérer les points cardinaux et savoir utiliser une carte. Il faut lui apprendre à observer la nature et les objets de la technique, lui faire découvrir la musique ou le dessin, lui permettre de se développer physiquement.
On ajoute à ces dimensions une part d’éducation mais cette mission, on l’oublie trop souvent, est surtout celle de la famille. Pour autant, les maîtres contribuent largement à l’éducation des enfants, surtout quand les parents sont défaillants. La courtoisie, l’hygiène, la solidarité, le civisme sont des valeurs défendues dans toutes les écoles.
La dilution des objectifs
L’intervention continuelle de lobbies extérieurs au monde de l’enseignement et qui mettent en avant des préoccupations éloignées de ses missions contribue largement à déstructurer la hiérarchie des objectifs de l’école. L’enfant a besoin de temps pour se construire et il a aussi besoin d’enseignants qui savent quels sont les objectifs prioritaires à atteindre et auxquels la Nation a pris le soin de donner la formation continue nécessaire à l’accomplissement des missions.
Il faut relever que, justement, les enseignants du terrain sont les grands absents des rapports de toutes origines qui sortent sur l’école. Ils n’en sont pas les auteurs ; demande-t-on à un exécutif de réfléchir sur sa mission ? Ils sont rarement consultés ; un expert a-t-il besoin de l’avis de celui qui ne sait qu’apprendre à compter et à lire ou dont la compétence se résume à « faire faire la sieste et à changer les couches » ? Même leurs besoins sont ignorés : on demande des compétences nouvelles. Mais on oublie de rémunérer les qualifications supplémentaires quand elles sont mises en œuvre. On oublie même cette courtoisie : il faut respecter l’effort d’un professionnel de l’enfance qui engage son énergie et son temps pour se former. Le moindre des respects est tout simplement qu’il puisse faire profiter durablement de sa nouvelle compétence ceux pour qui il s’est replongé dans l’étude. Le cas des auxiliaires de vie scolaire est un bon exemple du peu de cas qui est fait des efforts des formateurs. Leur présence est indispensable à l’insertion des enfants différents mais, alors que le handicap est permanent et que les besoins sont immenses, les contrats sont conclus pour une durée maximale de trois ans et ils ne sont renouvelables que dans la limite d’un engagement maximal de six ans. L’enfant reste avec son handicap mais, souvent, son AVS ne reste pas. L’emploi est à durée limitée. Cela signifie que l’effort de formation de l’AVS n’est pas récompensé. Car, comme dans le film « Intouchables », il faut apprendre le handicap, il faut apprendre à connaître celui qu’on aide, il faut découvrir ses limites et ses potentiels, il faut réussir à nouer une relation et dépasser la notion de handicap pour découvrir la personne.
Une fois le CDD fini, il faut pourtant changer de métier. C’est la règle. Un autre doit prendre le poste et il doit, à son tour, tout apprendre. Et l’enseignant, doit lui aussi réinvestir dans une nouvelle relation et recommencer à contribuer à la formation de l’AVS. Quand on ne le laisse pas seul face à sa classe et aux besoins spécifiques de l’enfant.
La parole des maîtres
L’école a besoin de la parole des maîtres. L’école a avant tout besoin qu’on respecte ses enseignants, dans leur dignité, dans leur compétence, dans leurs mérites. L’école a besoin qu’on les encourage par de véritables carrières et par la reconnaissance, y compris pécuniaire, des compétences nouvelles qui leur sont demandées, qu’on les protège contre les violences verbales et maintenant contre les violences physiques. L’école n’a pas besoin des conseils de donneurs de leçons qui ne tiendraient même pas une demi journée face à une classe. L’école a besoin de la compétence des seuls experts qui en méritent le titre : ceux qui sont en contact permanent avec les enfants et avec les enseignants.
Que les autres apprennent à écouter ceux qui sont dans la réalité du métier. S’ils refusent ce riche terreau pour que leurs travaux s’y enracinent et prennent de la force, qu’ils aillent se rhabiller !

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